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Cœur chaud et coup de froid

Cœur chaud et coup de froid

Thomas Coville fait route vers Hobart où, en cette soirée naissante, il signifiera le début de son escale technique. Ses retrouvailles avec la terre méritaient bien une carte postale, livrée avec émotion : « On est en train de rentrer dans la baie de Hobart, j’enroule une pointe de l’extrême sud de la Tasmanie, dans 30 nœuds de vents et une houle de cinq à six mètres. Je suis sans l’habitacle et j’ai vu mon premier phare depuis trois semaines, et la lune très haut dans les nuages qui éclaire en ombres chinoises l’énorme falaise qui s’appelle Mount Midway, l’île sur mon bâbord, la Tasmanie. La falaise fait 300 mètres, ça fait une ombre très haute. Le vent est canalisé par la paroi, mais la houle s’est arrêtée à la pointe, ça s’est atténué, ça fait du bien. Je suis extrêmement frustré de cette escale, c’est une catastrophe sur le plan comptable, mais d’un point de vue sécurité, c’était la bonne décision, un devoir au sens marin. J’étais ému de redécouvrir cette lueur. Me voilà dans Adventure Bay, juste avant la baie de Hobart ».

Ça caille aux Kerguelen

Anthony Marchand a quitté Cape Town il y a trois journées. Le voici qui navigue plein sud, à la lisière de la zone des glaces parfois, avec les îles Kerguelen dans le collimateur – ils les contournera ce mercredi. Le skipper d’Actual espérait sans doute un autre tempo. « Je bute dans une molle, devant, ça ne va aussi vite qu’espéré, ça n’est jamais vraiment tout droit. Le système dépressionnaire qui se crée ne me donnera pas beaucoup de vent, avant de donner du portant jusqu’au cap Leeuwin, avec pas mal d’empannages à faire. Rien à voir avec les trajectoires de Charles… c’est comme ça ».

Et puis, la température s’est refroidie. Il n’est pas forcément nécessaire de regarder le thermomètre (qui n’est pas installé à bord) pour se sentir saisi : « Le froid est arrivé hyper brutalement. Il fait 5 degrés, disent les fichiers, mais sans le ressenti de la vitesse. On s’habitue à tout : à la vitesse, au manque de sommeil, à la température. Avec des couches de vêtements, on reste dans le supportable. La mer est clémente, c’est pas mal, d’autant que c’est elle qui nous gêne plus que les forces de vent. La mer est un peu croisée, pas très belle, mais pas très grosse ; c’est gérable et agréable, la vie à bord reste correcte ».

« Froid, moi ? Jamais », aurait pu dire Charles Caudrelier qui, la cinquantaine approchant, a bien connu ce slogan publicitaire qui a fait les belles heures de cette marque dont le thermolactyl réchauffait les Français. «Je n’ai jamais eu froid, reprend le skipper du Maxi Edmond de Rothschild, joint durant l’émission Ultim LIVE, ce mercredi. Je suis en ‘première couche’, je mets un bonnet parfois la nuit. Je vais avoir du vent de sud, 30 nœuds bientôt, je vais peut-être changer d’avis ! Mais je n’ai eu que des vents de nord jusqu’à présent ».

Le leader n’hésite pas à dire qu’il est gâté par la météo, et la séquence n’est pas terminée : « Ça glisse, les conditions sont bonnes, je ne me plains pas : c’est la galère pour les camarades. Il peut se passer des milliers de choses, mais si j’arrive à ramener mon bateau à Brest, à moins d’un gros souci, je devrais arriver le premier. Dans l’Indien et l’Atlantique, je n’ai pas arrêté de bricoler, mais pour l’instant, ça se passe bien. C’est une course, pas un record, il ne faut pas que je me trompe d’objectif. Ils ne seront pas non plus très bien servis par la météo ».

S’il reste des zones d’ombre, les routages annoncent le cap Horn dans quatre à cinq jours. Et l’arrivée ? « C’est loin, j’essaie de ne pas trop y penser ».

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