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Caudrelier, la course du vainqueur décryptée

Caudrelier, la course du vainqueur décryptée

Le duel avec Tom Laperche. « Après le départ, un premier passage à niveau a eu lieu au niveau de Madère. Charles ne faisait pas d’erreur, il était plutôt serein et on savait avec la météo que ça allait partir vers l’avant. C'est d'ailleurs grâce à la météo qu'il s’est détaché avec Tom. C’était tendu au large du Brésil où SVR-Lazartigue était un peu plus rapide que nous. Charles mettait la pression : il avait peur que Tom prenne la poudre d’escampette en étant le premier à bénéficier d’un front qu’ils ont finalement pris tous les deux. À un moment dans l’Atlantique sud, Tom a décidé d’empanner pour toucher un peu plus de vent et Charles est resté un peu plus Nord. On était déjà dans l’optique de ne pas pousser le bateau à 150%, de gérer le tour du monde. Et Charles en a profité pour passer en tête avant l’avarie de SVR-Lazartigue. »

La cavalcade dans les mers du Sud. « Charles a eu des conditions idéales jusqu’au milieu du Pacifique. Une dépression l’a mené du Brésil jusqu’à l’océan Indien puis une autre de la Tasmanie jusqu’au point Nemo. Ce sont des conditions de rêve : il n’y a pas de mer, le vent est stable, la trajectoire est facile à caler, tu peux faire des milles facilement. Dans les mers du Sud, hormis une petite zone de petit temps entre la ZEA et les Kerguelen, puis une dépression un peu creuse dans l’Australie, Charles a eu des conditions assez faciles qui lui permettaient de ne pas puiser trop d’énergie. On se doutait bien que derrière, les autres skippers devaient le jalouser ! »

« Après le Horn, les jours les plus compliqués »

Le passage du cap Horn. « À partir du Point Nemo, les choses se sont dégradées, ça allait de mal en pis. Ce qui l’a fait ralentir à l’approche du cap Horn, ce sont plusieurs dépressions qui fusionnaient en un ensemble dépressionnaire explosif. On ne voulait pas en être prisonnier et on savait, si Charles avait été au contact avec un éventuel adversaire, que cette décision se serait aussi imposée. Le passage du Horn a aussi été rendu difficile par les détections des glaces et c’était aussi le cas au moment du passage des Malouines qu’on aurait aimé contourner vers l’Est. On dit souvent que le Horn est une délivrance mais les deux jours qui ont suivi ont été les plus compliquées ! »

La remontée tortueuse de l’Atlantique Sud. « Le long de l’Uruguay et du Brésil, Charles a eu du petit temps. Stratégiquement ce n’était pas difficile parce qu’il n’y avait pas d’autres options, il suffisait de jouer avec le vent du Nord dans l’Ouest de l’anticyclone. Mais ça a été compliqué à vivre pour Charles. La météo était alors plus favorable à Armel qui remontait grâce à une dépression. On poussait Charles pour s’activer afin de rester au Nord d’une dorsale et garder un vent d’alizé d’Est. Si jamais il avait 50 à 100 milles retard, il se serait retrouvé complètement empétolé. Si Armel n’avait pas eu ses soucis de safran, il aurait pu revenir ! »

L’arrêt aux Açores. « Ce n’était pas un choix facile, il y a toujours des incertitudes dans les modèles, on aurait pu attendre de voir si la météo évoluait favorablement. Mais le choix de faire une escale est beaucoup venu de Charles. Même s’il aurait préféré ne pas s’arrêter, il tenait à minimiser au maximum le risque de casse et donc de perdre le tour du monde. Une fois à terre, plus que la dépression Louis, c’est la seconde qui nous embêtait le plus. On a préféré attendre le bon moment pour que Charles puisse arriver en toute sécurité. »

« Charles, une énergie illimitée »

La victoire d’une équipe. « C’est long d’être routeur sur un tour du monde (rires) ! On pensait que ça allait être plus calme qu’une transatlantique, qu’il y aurait eu des moments un peu plus calmes mais dans les faits, ça a été souvent très intense ! L’une des clés du succès pour résister pendant les moments stressants et pénibles, c’est la bonne entente entre tous à la cellule routage avec Benjamin Schwartz et Julien Villion, qui sont tous les deux très doués. »

La victoire d’un homme. « Charles est à l’image du surnom qu’on lui a donné, c’est une machine. En course, il ne va rien lâcher, il est tout le temps à 100%, dès qu’il faut bricoler il se met tout de suite à la tâche… C’est fascinant, on a l’impression qu’il a une énergie illimitée ! Parfois, on doit le brider un peu, lui rappeler qu’il doit dormir un peu plus, qu’il puise un peu trop dans ses ressources. C’est un marin impressionnant. Et son arrivée en volant et au reaching, au moment du lever de soleil, ça restera un moment que je n'oublierai jamais. »

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