« Caudrelier, une décision en bon marin »

Une semaine, des réalités
Nicolas Lunven (Banque Populaire) : « Notre réflexion a mûri progressivement. En voyant les conditions très engagées, le fait d’avoir 50 à 60 nœuds de vent, une mer de 8 mètres, on s’est interrogé pour savoir si c’était raisonnable de continuer dans ces conditions. Nous avons beaucoup échangé avant de s’accorder à prendre cette option (passer par le détroit de Bass puis par le nord de la Nouvelle-Zélande). Ce n’est pas la route optimale mais on ne se voyait pas prendre de risques inconsidérés ».
Philippe Legros (Sodebo Ultim 3) : « On a raté le train et depuis on subit beaucoup avec la météo. Nous avons essayé d’exploiter au mieux la situation pour tenter de combiner la progression avec des phases de réparation. Il a fallu s’adapter à la météo et veiller au bateau et aux aspects techniques. Il y a des contraintes qui s’ajoutent au routage et ça complexifie les prises de décision. Thomas a réussi à trouver un système alternatif pour faire fonctionner son foil. Mais on s’est rendu compte qu’il y avait une mise en danger pour lui à chaque manœuvre, surtout avec les conditions du moment. Et quand on a vu ce qui se profilait, ça devenait plus viable du tout et c’est ce qui nous a poussé à cette escale à Hobart. »
Yves Le Blevec (Actual Ultim 3) : « La semaine d’Anthony a démarré avec l’escale de Cape Town. Il est reparti samedi en début d’après-midi et on a tous repris le rythme de course. Dès la première nuit, au Sud de Bonne-Espérance, Anthony a eu des conditions assez dures avec du vent, de la mer, des courants. Ensuite, il a plutôt bien progressé. Il a dû gérer une zone de transition au nord des Kerguelen dans lequel il est en train de sortir. Une fois passé ces 48 heures pas très rapides mais incontournables, il est reparti dans des conditions plus conformes. ‘Antho’ est à bloc, hyper déterminé et concentré et ça se sent ! »

La suite. « Rester vigilant et tenir bon »
La suite. « Rester vigilant et tenir bon »
Nicolas Lunven : « Armel devrait dépasser le Nord de la Nouvelle-Zélande en fin de nuit afin d’éviter la grosse dépression qui circule au Sud du pays. Puis, il va commencer à incurver sa route et faire du Sud-Est. Les conditions restent engagées avec 20 à 25 nœuds de vent, une mer de 3 à 4 mètres, ça reste compliqué et usant pour se déplacer, se nourrir, bricoler. Il faut rester vigilant et tenir bon ».
Philippe Legros : « Notre idée, c’est de ne pas tarder à repartir. On sait que les conditions sont encore dures mais si on attend que ça soit plus clément, on ne partirait pas avant dimanche ou lundi. Thomas va donc repartir et faire le dos rond pendant 36 à 48 heures en essayant de composer avec la violence des éléments. La météo ne nous permet pas de faire une route très Nord comme le Maxi Banque Populaire XI. Donc nous allons contourner la Nouvelle-Zélande par le Sud en essayant de trouver le bon timing face aux conditions les plus virulentes. Ce ne sera pas facile : Thomas n’a encore jamais rencontré de conditions aussi fortes depuis le départ. »
Yves Le Blevec : « Pour Anthony, ça va être beaucoup de portant avec quelques empannages. Il va falloir doser entre la route optimale et la route raisonnable. L’objectif, c’est de trouver le bon dosage, d’aller vite sans se mettre dans des conditions trop difficiles, trop dangereuses, trop éprouvantes. Les logiciels de routage n’ont pas d’état d’âme, ils ne pensent pas vraiment aux conséquences pour l’homme et le bateau. On a tendance à pondérer leurs propositions afin de se préserver. »
La « pause de Caudrelier »
Yves Le Blevec : « Nous avons beaucoup échangé au sein de l’équipe hier à propos de la situation de Charles et on se disait tous qu’il allait devoir calmer le jeu. Et le team Gitana l’a confirmé ce matin. Leur objectif, c’est de terminer la course, d’augmenter leurs chances d’aller au bout. Ça ne servait à rien d’aller se mettre dans des conditions aussi dures. Même en étant bord à bord avec d’autres concurrents, la question se serait posée. Mais là, avec leur avance, ça ne sert à rien. Ils ont pris une très bonne décision.
Nicolas Lunven : « Je n’ai pas vraiment regardé la situation météo, on est focalisé sur notre route… Mais je pense que c’est une décision en bon marin d’autant qu’ils ont beaucoup d’avance. Le passage du cap Horn est très délicat parce que tu es dans un entonnoir, le passage entre la côte et la ZEA est très resserré. La cordillère des Andes détourne les flux de vent et ça accélère les phénomènes. Ça peut se transformer en marmite, voir en chaudron, une situation un peu similaire avec ce qu’a vécu Armel dans le Sud de la Tasmanie et de la Nouvelle Zélande. »
Philippe Legros : « C’est une bonne décision. Ce sont des phases que l’on vit dans un tour du monde. Quand tu dois composer avec la terre d’un côté et la ZEA de l’autre, c’est souvent assez étroit. Et l’endroit où c’est le plus étroit, justement, c’est au cap Horn, un véritable goulet d’étranglement. En se confrontant à la terre, les systèmes météos se compliquent, comme ce que l’on voit en Nouvelle-Zélande. Mais au cap Horn, c’est toute la cordillère des Andes qui participe à rendre la météo encore plus violente. Il faut donc faire preuve d’une extrême vigilance. »