« Il y avait plein de coups à faire ! »

LE DÉBUT DE COURSE. « Ils sont restés dans une ambiance ‘Figaro’ »
Erwan Israël (Maxi Edmond de Rothschild) : « Nous étions vraiment contents que ça soit aussi serré, comme une régate. On avait l’impression qu’il s’agissait de la Route du Rhum ! Ce qui était intéressant, c’est qu’il y avait plein de coups à faire, on se tirait la bourre, il y a eu un resserrement par l’avant. De notre côté, on est vraiment content : nous n’avons jamais pris d’options extrêmes, on a fait des choix conservateurs qui ont payé et jamais nous n’avons été en position de perdre du terrain. »
Pep Costa (SVR-Lazartigue) : « La météo a été compliquée, ce n'est pas un Atlantique Nord typique parce qu’il n'y a pas eu d'alizés et qu’il y avait surtout cette très grosse dépression. Mais ce sont des bateaux très rapides et tout s’est bien passé. Ils auraient pu perdre du temps avant les basses pressions autour de Madère. De notre côté, nous avons réussi à mettre en place une bonne stratégie et nous avons très bien traversé la dépression avec le bateau à 100 % de sa capacité. »
Yves Le Blevec (Actual Ultim 3) : « Pour nous, tout va bien ! Il y a eu une phase étrange à terre : on passe des mois, des années à préparer ce tour du monde et on bascule dans une certaine inconnue quand les bateaux sont partis. Anthony, lui, a fait preuve d’une sérénité remarquable. Il n’a pas eu besoin de transition et il est tout de suite rentré dans le match à 100% de son potentiel. Pendant trois jours, ils sont restés dans une ambiance ‘Figaro’ avant que des groupes ne se forment. Mais ‘Antho’ a déjà trouvé le bon rythme ! »
David Lanier (ULTIM ADAGIO) : « Éric n’a pas la même stratégie que les autres, ni la même vitesse. L’objectif, c’est de terminer, de ramener le bateau et de faire au mieux avec le potentiel du bateau. Notre idée, c’est de se rapprocher au maximum de la route directe. Nous avons traversé un premier front au niveau du Cap Finisterre avec beaucoup d’incertitudes dans la force et la direction du vent. À Madère, alors que les premiers sont passés à l’Ouest, on a tenté une option à l’Est et on ne s’en est pas mal sorti. »
LES 48 HEURES DE DÉPRESSION. « Ils ont eu une trajectoire raisonnable »
Erwan Israël : « Il y a eu du vent très soutenu, des orages, des rafales... L’idée, c’était surtout de ne pas abîmer le bateau, d’avoir la route la plus conservatrice tout en restant très rapide. Depuis le début, il n’y avait pas vraiment d’option possible. Il fallait glisser dans le couloir de vent entre la haute pression dans l’Ouest et la dépression secondaire. Ensuite, on a eu du vent portant avant Madère. Il n’y avait aucune raison d’aller plus au Nord et de foncer dans l’Ouest ! Les cinq premiers ont pris globalement la même option même si certains ont tenté des petits coups ».
Pep Costa : « Nous voulions être le plus au sud possible du front car nous savions que quelques milles suffiraient à faire une différence, ce que nous avons réussi à faire. Plus on est au Nord, plus la dépression est profonde, plus le front est agressif donc on tenait à prendre soin du bateau. Nous sommes passés 15-20 milles plus au Sud que les autres et nous n'avons eu que 30 à 32 nœuds en moyenne, avec quelques rafales plus importantes. C'était très tendu, la mer était mauvaise. Mais tout va bien : le bateau est à 100% et Tom est en pleine forme. Le timing était bon, on est passé où on voulait et tout s'est déroulé comme prévu.
Yves Le Blevec : « C’étaient des conditions dures, un front solide, une dépression massive avec des orages, des grains… Ça a secoué les bateaux et tout le monde a eu son lot de petits malheurs pas très graves. Ils ont eu une trajectoire raisonnable, tout le monde a suivi la même route. Il y avait une route plus optimale et plus engagée mais pour des raisons stratégiques, ils préféraient être au contact les uns des autres… C’est un petit atavisme Figaro !
David Lanier : « Éric (Péron) avait prévenu qu’il ne voulait pas affronter des vents de 40 à 45 nœuds. On est parti sur une stratégie Sud et il a eu 30, 35 nœuds de vent et 4 à 5 mètres de vague. Nous ne sommes qu’au 5e jour de course et c’était important de ne pas prendre de risque pour le bateau et gérer son niveau de fatigue aussi. Et c’est le cas puisqu’Éric est en forme physiquement et mentalement. »
LA SUITE. « On va commencer à regarder l’entrée des mers du Sud »
Erwan Israël : « On a vu que c’est parti par devant, c’est ce qui explique qu’Actual Ultim 3 à un peu de retard puisque le vent est plus adonnant et que ça payé pour nous et SVR-Lazartigue. Je pense que ça va se stabiliser dans les prochaines heures. Nous avons empanné, on fait route vers le Pot au noir. Nous allons retraverser le front qui se désagrège au portant et après c’est tout droit, en bâbord amure. Il y a forcément des petites bricoles sur le bateau mais rien qui pénalise notre vitesse. Il est à 100% de son potentiel et Charles est dans le bon rythme ! »
Pep Costa : « Nous nous dirigeons enfin vers les alizés profonds. On s’approche lentement de l’Équateur et nous regardons vers l'hémisphère sud, mais nous devons d'abord traverser le Pot au Noir. On sait que c’est toujours un peu délicat. Nous ne savons pas où les autres vont passer mais je pense qu’on aura tous la même stratégie. On suit les autres en permanence, surtout le Maxi Edmond de Rothschild avec qui nous sommes très proches. »
Yves Le Blevec : « Les jours à venir, ce sont les tropiques, le vent maniable et le pot au noir qui s’annonce pas trop inconfortable. Ensuite, avec la cellule routage, on va commencer à regarder l’entrée des mers du Sud, voir les trajectoires que l’on peut trouver, envisager des scénarios. ‘Antho’ doit s’attacher à conserver son rythme. Forcément, en tant que compétiteur, ça n’a pas été facile de voir les autres s’échapper, c’est forcément un peu douloureux. Mais on savait que ça allait arriver et, surtout, ‘Antho’ est exactement là où on l’attendait. »
David Lanier : « Bien sûr, ce n’est pas facile pour Éric de voir les autres s’échapper. On en a parlé par messages ce matin mais ça fait partie du jeu, on essaie de tirer le meilleur avec le potentiel du bateau. Dans les prochaines heures, il faudra traverser une dorsale avec pas beaucoup de vent et attraper les alizés de Nord-Est qui ne sont pas très forts avant de traverser le Pot au noir. Les premiers ont été suffisamment dans l’Ouest pour éviter les zones de molle qu’on a sur notre route directe. Avec les vitesses, les écarts devraient encore se creuser. Mais notre idée, c’est de faire le moins de chemin possible tout en essayant d’éviter les zones sans vent. »
LE POINT SUR LA COURSE. Le duo creuse son avance
En ce vendredi après-midi, le duo de tête creuse l’écart. Tom Laperche (SVR-Lazartigue) et Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) compte désormais plus de 180 milles d’avance sur leurs poursuivants. Ils ont empanné en début de matinée et font route plein Sud afin de toucher les alizés et se rapprocher du pot au noir. Hier après-midi, les deux hommes comptaient seulement une trentaine de milles d’avance ! Derrière, Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) a repris de la vitesse (13 nœuds à 14 heures). Il avait abattu ce matin mais son équipe n’a pas souhaité communiquer à ce sujet.