« La course de Charles, elle donne envie ! »

« La course de Charles, elle donne envie ! »

La folle cavalcade de Charles Caudrelier. « Des conditions de rêve »

Erwan Israël (Maxi Edmond de Rothschild) : « On a eu de la chance de bénéficier de cette dépression dans l’Atlantique Sud qui nous a propulsé dans l’Indien avec des conditions optimales. Il n’y avait pas de mer, un vent stable, Charles naviguait en avant d’un front… Ça permet de ne pas faire de manœuvre, de préserver le bateau et le bonhomme : ce sont des conditions de rêve ! Il a pu profiter le plus longtemps possible de cette dépression jusqu’aux Kerguelen. Ensuite, Charles a progressé au portant avec du vent d’Ouest. Avant la dépression australe qu’il gère actuellement, il a eu un peu moins de vent mais a toujours conservé des conditions très maniables. »

Philippe Legros (Sodebo Ultim 3) : « La course de Charles, elle donne envie ! Il a sûrement eu des petits bobos mais ça n’a pas l’air d’impacter sa trajectoire. Comme le montre son temps de passage au cap Leeuwin, on voit qu’il a eu un océan Indien de rêve avec une mer plate, du vent pas trop fort. Il a réussi à être devant au bon moment… C’est la traversée parfaite ! Bravo à lui ! On pense forcément à SVR-Lazartigue qui avait réussi à faire le même travail avant de subir cette avarie. Mais pour l’instant, chapeau bas à ce grand marin, ce grand bateau et cette grande équipe qui est au rendez-vous.

Nicolas Lunven (Banque Populaire) : « Cette semaine encore, le Maxi Edmond de Rothschild a été tout en maîtrise comme on a pu le voir depuis le début de la course. C’est une sacrée performance ! Charles a tenu des moyennes assez élevées. Il a aussi été très résistant en enchaînant les empannages le long de la ZEA (zone d’exclusion Antarctique) mercredi dernier. Ce n’est pas simple les manœuvres à bord de ces bateaux, ça a nécessité beaucoup d’engagement de sa part. »

Coville et Le Cléac’h dans l’Indien. « Ça a été costaud ! »

Philippe Legros (Sodebo) : « Ça a été costaud ! On a eu une semaine compliquée. Au large de l’Afrique du Sud, on se battait pour tenir le front. C’était difficile mais prometteur sauf que l’avarie de foil nous a fait rater le train. Ça a réduit les capacités du bateau et ça l’a mis à l’arrière du système puis dans des enchaînements très compliquées avec aucune trajectoire facile. Thomas n’a jamais eu de mer lisse, que des vents variables et forts, une mer croisée… On a pris le parti de faire une route très Nord pour ne pas se confronter aux conditions très rudes plus au Sud et pouvoir en profiter pour réparer ce qui peut l’être ».

Erwan Israël : « Nous avons eu des conditions idylliques dans l’Indien et c’est un peu l’inverse pour les autres. Thomas Coville a dû progresser à l’arrière d’un front qu’il n’avait aucune chance de doubler. Il était obligé de rester derrière et puis il y a eu ce cyclone qui descendait du Nord et qui lui coupait la route. Ça l’a obligé à faire une route plus lente et plus conservatrice. Pour Armel Le Cléac’h aussi les conditions sont assez musclées et pas vraiment favorables. »

Nicolas Lunven : « Pour Armel, la semaine a été plutôt bonne. Il n’évolue pas dans le même système météo que Charles mais il revient petit à petit dans celui de Thomas. Il a eu un Atlantique Sud un peu difficile, des vents assez faibles qui lui ont rallongé la route par le Sud. Là, le début de l’Indien se fait un peu en ligne droite vers l’Est, avec des moyennes autour de 30-35 nœuds. Cette nuit, il a fait un peu de vérification et des bricoles mais il est vite reparti ! »

Les avaries de Marchand et Péron. « Ce n’est jamais mérité »

Philippe Legros : « On a forcément de la tristesse pour eux. Plus. on est en course, mieux on se porte. Il y a une part d’aléatoire en permanence et ce n’est jamais mérité. J’espère qu’ils vont réussir à repartir ! Et on se sent chanceux, malgré les difficultés que Thomas a traversé, d’avoir rien touché pour le moment. »

Erwan Israël : « C’est vraiment dommage. Nous avons pour l’instant un bateau à 100% de ses capacités maison sait tous qu’il faut une part de réussite mais aussi de chance. Si nous n’avions rien touché lors de la Transat Jacques Vabre, nous avions heurté un conteneur sur le flotteur avant pendant le convoyage retour. Pour l’instant c’est un fait : nous n’avons pas d’outils assez performant pour détecter les objets qui sont devant nous. »

Nicolas Lunven : « C’est toujours triste. Ce sont des grosses déceptions qu’on ne souhaite à personne. La seule chose que l’on peut souhaiter, c’est qu’ils puissent repartir le plus vite possible. Même si les chances de repartir sont faibles chez SVR-Lazartigue, ce serait vraiment bien pour le projet, pour Tom, pour son équipe. L’occasion de faire un tour du monde est rare et ce n’est pas seulement une affaire de sport. C’est aussi une aventure, un challenge rare qu’il mérite de finir, tout comme Anthony et tous les autres. »

Ce qui les attend. « En prise avec les mers du Sud »

Erwan Israël: « Depuis moins de 24 heures, on est en train de gérer une vraie dépression australe qui oblige à faire un détour par le Nord. Il a eu 30 à 35 nœuds de vent moyen cette nuit donc l’idée c’est de naviguer prudemment pour avoir moins de mer et de vent. Charles est dans une zone instable où les dépressions circulent un peu moins bien, avec beaucoup de zones de transitions. Après avoir doublé la première dépression, on sera demain sous l’influence d’une dorsale puis à nouveau d’une dépression dimanche. C’est un peu le train des dépressions !

Philippe Legros : « La suite est encore complexe pour nous à cause de la force du vent. Nous allons avoir encore plusieurs jours de vent fort. On va s’attacher à préserver le bateau autant que possible, à réduire la toile, à être vigilant, d’autant qu’on va rentrer dans ce couloir avec les terres australiennes, la Tasmanie et la Nouvelle Zélande. Nous sommes vraiment en prise avec les mers du Sud dans leur violence, leur sauvagerie.

Nicolas Lunven : « Armel va continuer à naviguer dans des conditions intéressantes dans les jours qui viennent. Ça se déroule bien dans le sens où le bateau est à 100% de son potentiel et que le skipper est motivé et d’attaque. La course est longue, c’est important de conserver un bateau au maximum de ses capacités le plus longtemps possible. Après, on regarde pas trop ce que font les autres, on préfère se concentrer sur notre course, nos conditions et tout faire pour préserver Armel et son bateau. »

L’état de fatigue. « Pas de mesure dans l’effort »

Erwan Israël : « Mercredi, Charles a enchaîné les empannages le long de la zone des glaces et il a été forcément fatigué. Là, il est sur un long bord qui lui donne la possibilité de se reposer. Mentalement et physiquement, il est assez serein et fort. On sait qu’il peut aller beaucoup plus loin dans ses retranchements mais notre but c’est de le préserver. Nous sommes dans la gestion, on essaie de réduire les manœuvres et les changements de voile. Dans l’état d’esprit, c’est davantage un tour du monde qu’une course comme c’était le cas les jours qui ont suivi le départ. »

Philippe Legros : « Thomas est fidèle à lui-même. Il n’a pas de mesure dans l’effort, il y va, il y retourne, il est remarquable d’opiniâtreté. Avec toute son expérience de ces zones, de ces bateaux, il arrive à se gérer, à aller au bout de lui-même tout en sachant quand il faut récupérer. Son expérience est vraiment précieuse pour ne pas être trop dans le rouge malgré ce qu’il traverse. »

Nicolas Lunven : « Armel ne fait pas ressentir qu’il est fatigué. On pourrait le constater s’il naviguait sous toilé, s’il rechignait à certaines manœuvres… Même si c’est dur, on voit qu’il est à l’attaque et à l’affût. Ça traduit d’un bon état de forme et d’une sacrée motivation ! »

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