« Nous avons tous été très tristes pour Tom »

La situation générale. « La descente de l’Atlantique a été très complexe »
Sébastien Josse (Banque Populaire) : « On voit qu’un petit break a été fait. L’avarie d’Armel l’a décroché pendant que Charles Caudrelier et Tom Laperche ont pris le lead avec un Thomas Coville accrocheur. Le fait qu’il y ait eu une panne d’alizé avec ce gros front froid au niveau des Canaries a eu pour effet de canaliser les routes vers le pot au noir. Il n’y avait pas d’option Ouest comme lors de la Transat Jacques Vabre. C’était une situation clairement atypique qui a canalisé la flotte avant qu'elle soit enfin dans des conditions plus tropicales. Charles et Tom (avant son avarie NDRL) ont eu un bon timing et ça s’est bien enchaîné, après l’anticyclone de Sainte-Hélène, pour récupérer cette une dépression avec des conditions idéales. »
Philippe Legros (Sodebo) : « La semaine s’est plutôt bien passée pour nous. La descente de l’Atlantique a été très complexe, avec des transitions à ne pas rater. Nous sommes contents de notre position. On sait qu’on ne pourra pas revenir sur le Maxi Edmond de Rothschild dans l’immédiat et pour l’instant, on ne devrait pas être inquiété non plus par le Maxi Banque Populaire XI. Avec les écarts qui sont plus conséquents, il faut changer de philosophie. Nous n'avons pas la même météo que les autres, il faut rentrer dans notre bulle et nous adapter à l’environnement un peu plus hostile.
David Lanier (ULTIM ADAGIO) : « Pour Éric, il y a eu la descente dans l’alizé, la traversée du pot au noir et le tout avec plusieurs zones orageuses dont une hier soir. Globalement, il n’a pas eu beaucoup de vent, 10 à 12 nœuds, et il fait au mieux avec l’intensité de vent qu’il y a. Éric va bien même s’il a un peu moins dormi cette nuit : il a eu un souci d’écoute de grand-voile qu’il a dû réparer. Éric a perdu un peu d’énergie, mais il a pu repartir avec un bateau bien toilé et bien récupéré physiquement.
L’avarie de Tom Laperche. « Une zone à très haut risque »
Philippe Legros : « En début de course et malgré le passage de front violent, on était content que tout le monde soit en course. On savait que les avaries du Maxi Banque Populaire XI étaient mineures, pas structurelles et on était tous un peu euphorique de constater que cette descente de l’Atlantique se faisait sans gros dégâts. Et puis on a tous été très tristes avec ce qui s’est passé pour Tom. Il faisait une course incroyable, éblouissante. On a hâte qu’il arrive à bon port. »
Sébastien Josse : « On a assisté à une descente de l’Atlantique comme on les aime avec du match, de l’intensité, du contact, comme dans une régate. Là, ils arrivent dans une zone très délicate avec le courant des Aiguilles qui charrient de nombreux objets flottants et qui est une zone de passage de nombreux mammifères… C’est souvent un point d’arrêt pendant les tours du monde, au Vendée Globe comme au Trophée Jules-Verne. Il s’agit d’une zone à très haut risque en termes d’impact sur les appendices et on n’est pas vraiment soulagé jusqu’aux Kerguelen. Cette incertitude est là pour tout le monde. Il ne faut pas oublier que la durée la plus longue d’un Ultim sans avarie majeure sur une longue distance, c’est 17 jours (Sodebo lors de sa dernière tentative au Trophée Jules-Verne. »
David Lanier (ULTIM ADAGIO) : « Ce sont des bateaux qui vont très vite. À 30, 35 nœuds, un choc avec un mammifère marin, avec une bille de bois ou d’autres objets flottants est particulièrement violent. On espère tous que Tom va pouvoir regagner facilement Cap Town et que les autres bateaux ne seront pas touchés. La situation n’est pas simple dans cette zone : la température descend, il y a toujours un fond de houle, l’air est froid, humide, la mer n’est plus plate, les masses nuageuses emmènent de la difficulté et de l’incertitude…
La suite. « Trouver le bon compromis »
Sébastien Josse : « Le boulot actuel d’Armel, c’est dur psychologiquement. Il ne peut pas faire route vers l’Est, il doit se glisser sous l’anticyclone qui est placé très Sud. Il y a une zone de transition qui n’est pas évidente. Ensuite, il ira à 15 à 20 nœuds sur une mer plate donc moins dangereuse en matière d’Ofnis. Par contre, c’est plus long et plus difficile que la route directe puisqu’il fait du Sud quand les autres font de l’Est. L’élastique va se tendre encore un peu ».
Philippe Legros : « Nous concernant, on est toujours à la bataille avec notre mélange de petits fronts et l’anticyclone qui s’installe sous l’Afrique du Sud. Ensuite, on aura une porte étroite à prendre. Il faut qu’on soit très efficace d’autant qu’à long terme, dans l’océan Indien, on commence à surveiller un phénomène un peu violent. On doit assurer le court terme et puis il faudra probablement faire un choix important dans la traversée de l’océan indien. L’idée, ce sera de trouver le bon compromis entre la performance et le sens marin. »
David Lanier (ULTIM ADAGIO) : « Par rapport au passage des premiers, la situation a changé. Eux ont dû descendre très proches des côtes brésiliennes avant de faire de l’Ouest. De notre côté, une dépression se rapproche et pousse l’anticyclone vers le Nord-Est, ce qui peut nous permettre de nous rapprocher de la route directe. Éric va essayer d’exploiter cette situation, de couper le fromage en deux sans avoir à faire le grand tour. Ça le met dans la bonne direction et ça lui permettra de regagner un peu de temps. »
Le point sur la course : « Je ne vois pas le temps passer »
Heu-reux, Anthony Marchand glisse vers le sud, pilotant son Actual Ultim 3 de main de maître à travers des situations météo plus complexes que celles rencontrées par Charles Caudrelier, Tom Laperche et Thomas Coville. Ce vendredi, Antho a partagé sa situation et ses sensations : « On arrive dans le sud, les autres ont pris un train de dépression qui les emmène jusqu’au cap de Bonne-Espérance. Pour nous, c’est plutôt un anticyclone qui va nous y emmener, avec des vents plus faibles, au portant, sous grand gennaker, avec des empannages le long de la zone des glaces. Ce sera plus long, moins dynamique, mais avec pas mal de manœuvres. Ce ne sera pas de tout repos. Ce ne sera pas un tout-droit ».
« Le ratio kif est là à fond ! Je suis très heureux d’être en mer, même si le fait de voir partir les copains devant, c’est tactiquement agaçant. Je me sens bien dans le bateau. J’ai des petites affaires un peu partout dans le bateau, qui reste bien rangé. La vie à bord est là. Cela fait douze-treize jours qu’on est en mer et je ne vois pas le temps passer. Ça va assez vite. Dans quelques jours, ce sera le cap de Bonne-Espérance, quelques jours après les Kerguelen… Le décor et le paysage changent. Dans pas longtemps, on verra les albatros. Plein de petites choses changent tous les jours, qui font que c’est génial d’être là. Le temps passe pour l’instant hyper vite ».