Anthony Marchand : « cette course, c’est le graal du stress »

Quel est ton état d’esprit du moment ?
Je me sens toujours bien, toujours tranquille même si on sent que ça « s’active » un peu plus entre les sollicitations médiatiques, le briefing mercredi, mes séances de sport… Mais pour l’instant, tout roule dans le meilleur des mondes. De façon générale, j’arrive bien à séquencer mes semaines avant les courses ce qui permet de m’enlever pas mal de pression. Il y aura déjà beaucoup de stress avant le départ, je n’ai pas envie que ma semaine soit totalement stressante !
Est-ce que tu appréhendes cette journée du départ ?
Je suis curieux de savoir si mon mode de fonctionnement est efficace. J’ai la sensation de bien gérer les jours qui précèdent, j’ai l’expérience du Havre mais c’était du double (à la Transat Jacques Vabre). Je me découvre en même temps dans ce contexte. Mais si ça fonctionne, si j’arrive à ne pas être stressé, à profiter du départ, ce serait génial. Je crois qu’il n’y a pas de courses qui peuvent être plus stressantes que celle-là. C’est le graal du stress !
« Je ne supporte plus la gîte »
À partir de quand tu t’es senti capable de faire ce tour du monde ?
Je pense que c’est à partir du convoyage retour de la Route du Rhum, Yves m’avait confié son bateau. Je me suis dit que c’était jouable, que je serai capable de le faire. Et à l’issue de cette transatlantique, j’ai accepté d’être concurrent pour le tour du monde. Le jour où je me suis engagé avec Actual, c’était un « oui » réfléchi, pas une parole légère. Dans la foulée, j’avais un an d’entraînement, la découverte des mers du Sud pendant The Ocean Race qui ont contribué à ma progression jusqu’à maintenant.

Comment décris-tu le plaisir à bord des Ultimes ?
Il y a le fait de naviguer au-dessus de l’eau, de n’être pas déranger même avec 2 à 3 mètres de vague. On a l’impression de voler, comme un tapis volant. On prend plaisir aussi à naviguer à plat… Je crois que je ne supporte plus la gîte ! Après, il y a des sensations qui semblent contradictoires. D’un côté, ce sont des monstres des mers où tout est gros et de l’autre, c’est plus maniable qu’on le pense, comme s’il s’agissait de dériveurs volants.
C’est un atout d’être sur un bateau qui a fait le tour du monde ?
Oui bien sûr et ça ne se limite pas au tour du monde : ce sont les Route du Rhum, les Transat Jacques Vabre et tous les milles qu’il a parcouru qui compte. Et puis c’est un bateau qui a beaucoup évolué. Il est passé en mode volant, les flotteurs ont été rallongés, ils ont mis des grands foils, une dérive avec un plan porteur…
« J’ai envie de naviguer intelligemment »
À quoi va ressembler ta course ? Tu souhaites être conservateur, audacieux ?
Quand il faudra essayer de tenter des coups, je le ferai. En termes de performance, j’ai envie de mettre le curseur assez haut. Je ne vais pas faire le tour du monde pour faire le tour du monde. Mon but absolu n’est pas de terminer la boucle, de finir pour finir… Je serais trop malheureux de me faire distancer par la flotte. Je préfère aller vite, tout donner, être dans le match, batailler, faire de la régate et ne rien regretter !
Quelles sont les allures les plus efficientes pour ton bateau ?
On va vraiment moins vite que les autres au près. Au travers, plus il y a de vent, plus ça va. Et au portant VMG dans du vent, on va un peu moins vite mais ça reste correct. Ce qui est bien, c’est qu’il y a beaucoup plus de portant que de près sur un tour du monde donc c’est plutôt bien pour nous. Il n’y a pas assez de différence de vitesse pour changer complétement ma manière de naviguer par rapport aux autres. J’ai envie de naviguer intelligemment, d’aller là où j’estime que c’est la meilleure route.
Est-ce que les bateaux vont se « tenir » ensemble ou les écarts seront-ils très conséquents ?
Je ne sais pas mais le but, c’est d’être proche. Je pense qu’en naviguant bien, à l’Équateur, on pourra être très proche des autres, ce qui avait été le cas à ce moment de la course pendant la Transat Jacques Vabre.
Tu as la sensation de disputer cette course avec des adversaires ou des skippers qui partagent la même chose que toi ?
Tant que tu es sur terre, il n’y a pas le sens marin qui entre en jeu donc on reste tous des adversaires. Mais dès qu’on entre sur l’eau, ce sont aussi des compagnons de route avec qui tu vas faire une sacrée aventure. Tu n’as pas envie qu’ils leur arrivent du mal, tu n’as pas envie qu’ils abandonnent, tu n’as pas envie qu’ils aient un souci…
Est-ce qu’il y a chez toi de la fierté à faire partie de cette aventure ?
On dit que cette course est extraordinaire, certes. Mais tous les superlatifs qu’on donne à cette course auront encore plus de valeur si on va jusqu’au bout, si on va loin et qu’on termine. Et à ce moment-là, on aura réalisé un défi extraordinaire. Je le vis comme ça, c’est peut-être une manière de me protéger… En tout cas, je le découvrirai à l’arrivée.
