Les bateaux
En dix ans seulement, les multicoques les plus prestigieux ont évolué pour devenir des ULTIM. Ces géants des mers ont la capacité de voler au-dessus de l'océan en quasi-permanence. Xavier Guilbaud, architecte associé au cabinet VPLP, a joué un rôle central dans ces transformations radicales.
Les ULTIM 32/23
La génèse
À partir de la fin des années 1990, les architectes étaient convaincus que la navigation devait se faire dans la coque centrale plutôt que sur les flotteurs. Cette approche était motivée à la fois par des considérations de performance, telles que la rigidité de la coque centrale pour maintenir le gréement longitudinalement et la liberté de positionnement du mât, ainsi que des préoccupations liées à la sécurité. Lors de la conception de Groupama 3, leur objectif était de créer un voilier capable de faire le tour du monde tout en étant le plus petit parmi les grands bateaux, et ce, avec un budget plus raisonnable. Il pesait presque deux fois moins que l'Orange II, qui était alors la référence, à sa mise à l'eau. Les performances exceptionnelles de Groupama 3, telles que sa victoire au Trophée Jules Verne en 2010 et aux Routes du Rhum en 2010 et 2014, ont ensuite servi de référence pour l'élaboration des règles de classement des ULTIM.
Voler, une nouvelle ère
Groupama 3 constituait une extrapolation des catamarans Orma de son époque, tout en demeurant un bateau de type archimédien. La transition suivante, amorcée avec Macif, visait la capacité à voler au-dessus de l'eau.
"On arrivait à faire voler le flotteur puis la coque centrale faisait office d’amortisseur et contribuait à l’équilibre en gite et en assiette, comme le trépied d’un vélo" explique Xavier Guilbaud.
Depuis lors, les équipes se sont efforcées de prolonger autant que possible la durée du vol tout en conservant des vitesses moyennes élevées, une évolution largement influencée par les avancées introduites par Gitana et adoptées par d'autres voiliers.
La fiabilité a émergé comme une préoccupation majeure, avec de nouvelles certitudes qui se sont développées. Le passage au vol, surtout au près, a introduit des impacts accrus de la mer, notamment sur les bras et les dessous des coques. Les avaries survenues en 2018, entre autres, ont offert des leçons précieuses, conduisant à un renforcement des bateaux existants et à la conception de modèles plus solides et plus fiables. Bien que le risque zéro demeure une illusion dans la course au large, en partie en raison des OFNIs (Objets Flottants Non Identifiés), la classe a considérablement évolué dans sa gestion des risques.
Gagner en performance
L'amélioration notable des performances découle du principe du vol. La surface portante sur la nouvelle génération est deux fois plus importante, permettant aux multicoques de décoller à partir de 12 nœuds réels de vent. Les ULTIM peuvent ainsi voler au près et au portant jusqu'à environ 25 nœuds de vent réel et 3 mètres de vagues. Au-delà de ces conditions, comme l'explique Armel Le Cléac’h (Banque Populaire XI), le comportement du bateau dépend fortement des caractéristiques de la mer. En cas de mer croisée ou agitée, le comportement du bateau peut considérablement changer. Au-delà de 3 mètres de vagues, le vol se transforme partiellement en un mode plus hybride, appelé skimming. Dans ce mode, les anciennes générations de trimarans peuvent toujours rivaliser. Ainsi, le vol impose de nouveaux impératifs en matière de routage, avec la quête du vent moyen devenant la clé de la performance.
Dans des conditions de vent favorables, atteindre une vitesse moyenne de 35 nœuds pendant plusieurs heures est devenu monnaie courante, et les pointes dépassant les 45 nœuds sont fréquentes. Maintenir des cadences élevées tout en préservant le potentiel des bateaux sur la durée constitue l'un des défis majeurs de l'ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest.
un ULTIM, ça donne quoi ?
