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En janvier, six skippers s'élanceront de Brest en solitaire pour tenter un tour du monde inédit à bord de leurs trimarans Ultim. Découvrez la genèse de cette course ainsi que son parcours.
2006 : La genèse
2006 : La genèse
Ronan Gladu

LA GENÈSE D'UNE COURSE HORS NORMES…
Comme on le verra, la genèse de cette course du siècle qui a pris presque vingt années, a été tout sauf un long fleuve tranquille avec un parcours houleux digne des mers du Sud parsemé d’embûches et de rebondissements divers !
Comme souvent en Finistère, les bonnes idées naissent au coin d’un bar !
Mais en ce mois de novembre 2006, Roland Tresca et François Cuillandre, respectivement Président de Groupe Télégramme Développement et Maire de Brest, ne se trouvent pas assis dans un estaminet breton autour d’un pichet de cidre, mais juste attablés dans la chaleur moite des tropiques au Créole Beach de Pointe-à-Pitre, établissement fréquenté par les marins de la Route du Rhum remportée brillamment quelques jours plus tôt par Lionel Lemonchois sur son trimaran ORMA de 60 pieds Gitana 11.
© Ewan Lebourdais

La première course autour du monde en multicoque sans escale, autrement dit, la course du siècle
Roland Tresca, 2006 : Président de Groupe Télégramme Développement
Roland Tresca raconte : « Je profite de l’occasion pour lui exposer une idée qui a germé dans mon esprit après l’arrivée de Francis Joyon à Brest, début février 2004, alors que ce dernier vient d’exploser le record du tour du monde en solitaire en multicoque établi par Olivier de Kersauson en 1989. À cette époque, je suis chargé par le Groupe Télégramme de la diversification du groupe. Deux ans auparavant, nous avions manqué le rachat du Vendée Globe et je m’étais dit qu’il fallait se fixer un cap ambitieux et imaginer la course de demain qui ne pouvait être que celle-là. Ainsi, dès le mois de juin 2004, j’avais écrit une courte note circonstanciée qui allait dans ce sens afin de bien planter le décor : la première course autour du monde en multicoque sans escale, autrement dit « la course du siècle ». Entre-temps, nous avions repris le contrôle de la société Pen Duick spécialisée dans l’organisation des courses à la voile dont la Transat en double Jacques Vabre et racheté la Route du Rhum puis la Transat AG2R et le Trophée BPE. Nous étions alors parfaitement armés pour proposer l’organisation d’un tel évènement planétaire ! J’explique donc au Maire le concept de ce tour du monde en soulignant que la ville de Brest serait bien inspirée de saisir cette opportunité historique. »
Pierre Bojic, alors patron de Pen Duick, et fort de l’excellente organisation de la Route du Rhum par son équipe, enfonce le clou et rassure le maire, Régis Rassouli jeune brestois en charge de la communication de la course et fin connaisseur de Brest ajoute sa pierre à l’édifice, si bien qu’un rendez-vous est pris au Salon Nautique parisien pour avancer sur le projet.
Comme convenu la réunion s’organise au Salon Nautique de Paris en décembre 2006. Roland Tresca et Pierre Bojic rencontrent le maire et s’aperçoivent avant même de détailler le projet qu’il est totalement acquis à leur idée qui correspond tout à fait aux ambitions de sa ville longtemps en retrait des grands rendez-vous de course au large, à l’exception des records. On imagine alors une date possible entre 2010 et 2011, le temps de motiver les coureurs et leurs armateurs, éventuellement de construire de nouveaux bateaux et surtout de trouver des partenaires financiers.
Pour agir dans ce sens, exactement un an plus tard, à l’arrivée de la Transat Jacques Vabre, Pierre Bojic propose que la prochaine Route du Rhum jusqu’alors limitée aux 60 pieds, soit ouverte aux grands bateaux sans restriction de taille. Cela provoque un tollé de la classe ORMA (trimarans de 60 pieds) la plus représentée et comporte un risque car à ce moment il existe peu de multicoques géants. Ces premiers soubresauts se calment toutefois assez vite après quelques discussions houleuses.

Nous voici en janvier 2008 !
L’infatigable Francis Joyon, toujours lui, réalise de nouveau un immense exploit en revenant à Brest après 57 jours de mer en solitaire autour du monde sur son trimaran IDEC Sport, reléguant le précédent record de la sensationnelle britannique Ellen MacArthur à plus de 14 jours. Le lendemain de son arrivée triomphale, Pen Duick et le Groupe Télégramme en profitent pour annoncer officiellement le lancement du tour du monde des Ultimes avec un départ de Brest prévu à la fin de l’année 2011. Malgré la réticence surprenante de certains marins dont Francis et Ellen, seul Thomas Coville se montrant réellement enthousiaste, l’avenir se présente plutôt bien.
Pour expliquer cette relative tiédeur de certains coureurs il faut comprendre qu’il existe une véritable différence entre un record solitaire et une course contre d’autres bateaux, particulièrement sur un parcours aussi long et exposé qu’un tour du monde. En effet, courir contre d’autres engage souvent à prendre plus de risques en poussant sa monture jusqu’en-dehors de ses limites. Or la limite d’un multicoque c’est le chavirage avec tout ce que cela implique dans les contrées hostiles et désertes du grand Sud !
Les années suivantes vont donc être consacrées aux tâches diverses liées à la réalisation du projet, ébauche de contrat avec la ville de Brest et différents médias, dépôt de la marque Brest Ultime Challenge, recherche de partenaires, ouverture définitive de la Route du Rhum 2010 aux Ultimes afin de renforcer cette nouvelle catégorie. En vain !
Malgré l’enthousiasme de l’équipe Télégramme-Pen Duick-Ville de Brest et la superbe victoire explicite de Franck Cammas dans la Route du Rhum à bord du maxi-trimaran Groupama 3, le départ prévu fin 2011 n’aura finalement pas lieu. Et cela pour diverses raisons. La principale étant la crise économico-financière qui a sévi en Europe depuis deux bonnes années retardant la construction de nouveaux bateaux et l’arrivée de partenaires, la seconde le reliquat toujours présent des craintes exprimées précédemment par les marins vis-à-vis d’une telle course planétaire en solitaire.
Il va falloir attendre quelques années supplémentaires pour que les affaires reprennent. Avec les projets de construction de nouveaux maxi-trimarans dont Banque Populaire et Sodebo, les armateurs se sont organisés en créant un Collectif Ultim dès 2013, puis une Classe Ultim en 2015 dont ils définissent la jauge : la longueur des bateaux est bloquée à 32 mètres, la largeur à 23 mètres, ce qui exclut d’office la nouvelle classe des MOD 70 et le gigantesque Spindrift, 40 mètres, ex-Banque Populaire 5 racheté par la famille Bertarelli ! Ensuite cette nouvelle Classe 32/23 annonce un tour du monde au départ de Brest en 2019 qu’elle souhaite organiser elle-même… Mais les choses ne se passent pas comme prévu !
Malgré l’extraordinaire exploit de François Gabart en décembre 2017 qui gravite autour du monde seul sur son trimaran Macif dans le temps record de 42 jours 16 heures, la Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2018 voit l’hécatombe des trimarans Ultim. Banque Populaire casse un bras de liaison, chavire et ne peut être récupéré, Gitana abandonne, Sodebo et Macif, bien que finissant sur le podium, connaissent de lourdes avaries. Toutes ces déconvenues obligent la Classe Ultim à renoncer au projet d’un départ en 2019. Ils annoncent son report quelques jours plus tard, à la suite de l’arrivée de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe remportée par l’inusable Francis Joyon !
Dès lors, les cartes de l’organisation de ce tour du monde sont redistribuées ! Les discussions reprennent entre OC Sport-Pen Duick, désormais présidé par Hervé Favre, et la Classe Ultim dirigée par sa présidente Patricia Brochard. En 2021, cela aboutit à un accord entre les deux parties annonçant le départ de ce fameux tour du monde en fin d’année 2023, avec la possibilité d’une seconde édition quatre ans plus tard.
22 avril 2022, Brest

Dans la foulée, les collectivités Brest et Brest Métropole, la région Bretagne et le département du Finistère confirment leur partenariat et les cinq écuries d’Ultim leur participation. Et pour conclure cette belle dynamique, le 22 avril 2022 le groupe ARKEA devient le partenaire titre de la course qui s’appellera : ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest.
Vingt années de tractations diverses ont donc abouti à la réalisation de ce projet unique et la naissance de cette course planétaire que tout le monde attend. En plus de Roland Tresca initiateur et fil rouge du projet et ses compagnons de route, Pierre Bojic puis Hervé Favre à la direction d’OC Sport Pen Duick, de nombreux marins et personnalités du monde de la course au large ont œuvré en coulisses pour que ce projet devienne réalité. Plus récemment la Classe Ultim et tous ses armateurs ont contribué de façon déterminante à son accomplissement. Sans eux, rien n’aurait été possible.
Enfin, le Groupe Télégramme, par l’entremise de son président Edouard Coudurier, convaincu dès l’origine par l’idée, a été le moteur infatigable de cet interminable processus. Il peut s’enorgueillir aujourd’hui de compter parmi les célèbres groupes de presse créateurs d’une grande course à la voile, tel le Sunday Times avec le Golden Globe Challenge de 1968, première course autour du monde en solitaire sans escale, ou la Solitaire l’Aurore-Le Figaro créée en 1970.
Rédigé par Éric Loizeau
Le Grand Tournant
L'histoire vue par
Dans l’esprit des coureurs au large obnubilés par la navigation en solitaire, le vrai tournant s’est opéré en décembre 1978 lorsque le Canadien Mike Birch, déjouant tous les pronostics, remporte la première Route du Rhum après un dernier âpre duel au louvoyage[1] le long des côtes guadeloupéennes contre le grand monocoque de Michel Malinowski. Les quotidiens de sport avaient titré « la victoire de David contre Goliath », car un petit trimaran de 11m30 avait vaincu aux yeux de tous, un monocoque de 23m.
Jeune coureur au large auréolé de deux victoires dans la récente course autour du monde en équipage, je rêvais alors de m’aligner sur la prochaine OSTAR, la reine des courses en solitaire remportée deux fois par mon maître et père spirituel en matière de voile Eric Tabarly. De Plymouth à Newport, c’est un parcours presque exclusivement contre le vent et je m’étais mis dans la tête de faire construire une « machine à remonter le vent » demandant à mon pote rochelais le jeune architecte Philippe Briand de me dessiner un monocoque de 60 pieds, 18m30, la taille maximum autorisée.
Après avoir écouté à la radio l’arrivée de la course puis analysé les péripéties et le parcours des deux bateaux, il m’était paru évident d’acquérir un trimaran. Dommage pour Philippe ! Je contactais aussitôt Walter Greene le constructeur du bateau de Mike Birch et expert de cette nouvelle école américaine qui allait me concevoir un trimaran extraordinaire de 45 pieds (13m70), Gauloises 4.
Les multicoques entrent dans l’arène
En effet, jusqu’à la victoire surprise de Mike Birch, les multicoques, inspirés des pirogues polynésiennes, avaient la réputation de bateaux certes rapides aux allures portantes, mais empruntés dans le petit temps et contre le vent. On les pensait aussi fragiles et dangereux.
Le seul trimaran de course vraiment performant, Pen Duick IV devenu par la suite Manureva, avait été conçu par André Allègre pour Eric Tabarly en 1968 puisque ce dernier, toujours aussi visionnaire, avait décrété que « l’avenir des courses en solitaire se jouerait en multicoque » !
Finalement, avant les victoires de Mike Birch sur la Route du Rhum 78 et de Phil Weld (Moxie) sur l’OSTAR de 1980, les multicoques n’avaient pas vraiment convaincu pour courir en solitaire. C’est grâce à ces succès indiscutables et aussi à l’envolée du « sponsoring » qu’entre 1980 et 1984 les multicoques vont connaître un véritable essor !
C’est à ce moment aussi, que l’on commence à s’intéresser aux foils. Eric Tabarly d’abord avec son bateau Paul Ricard, avec lequel il bat le record de l’Atlantique en équipage, suivi par une série de trimarans à foils d’une quinzaine de mètres dessinés par Marc Lombard, jeune architecte naval talentueux à qui on devra plus tard les premiers appendices rétractables, puis le géant Charles Heidsieck, plan Ollier de 26 mètres.
Des catamarans aux dimensions exponentielles
En 1984, après une seconde édition de la Route du Rhum gagnée par un catamaran de 20 mètres (Elf Aquitaine de Marc Pajot), la roue tourne en faveur de ces derniers plus adaptés aux compétitions des quatre années à venir. Après de nombreuses discussions sur la longueur des bateaux, d’abord fixée à 20 mètres par l’assemblée des coureurs (ACIMO) puis dépassée d’une façon exponentielle, apparaissent les premiers catamarans géants des mers : Tag Heuer 24 mètres, Fleury Michon, Charente Maritime, Royale, tous approchant les 26 mètres !
Retour aux fondamentaux sur trimarans
Mais rapidement, les solitaires vont revenir aux trimarans tout d’abord pour des raisons de sécurité. En effet, pour être performants, les catamarans doivent naviguer avec la coque au vent sortie de l’eau, une technique de navigation adaptée à l’équipage mais moins au solitaire qui passe environ cinquante pour cent de son temps à la barre. Sous peine de chavirer, il est obligatoire alors de réduire la voilure du bateau ce qui affecte évidemment sa vitesse.
Philippe Poupon en est bien conscient puisqu’il choisit un trimaran de 75 pieds (22,85m) pour gagner la Route du Rhum de 1986. Cette course s’avère une hécatombe pour les maxi-multicoques avec les chavirages de Royale (disparition de son skipper Loïc Caradec), de Jean Stalaven, les abandons de Charente Maritime, Côte d’Or, Roger et Gallet, Apricot, Jet Services. Elle incite les organisateurs à s’aligner sur les Britanniques et limiter la taille des bateaux à 60 pieds pour les prochaines courses en solitaire. Ce sera un mal pour un bien puisque la nouvelle génération des trimarans ORMA, tous équipés des premiers foils allégeant les flotteurs et évitant que l’avant du bateau ne plante dans les vagues, va permettre une première ébauche des gigantesques plans porteurs d’aujourd’hui.

Le 21e siècle et ses trimarans de plus de 100 pieds
Cela dit, ces bateaux, parfaits pour traverser l’Atlantique ne correspondent pas aux envolées « tourdumondistes » en équipage. Ce qui explique, qu’à l’orée du 21e siècle, la construction des premiers vrais trimarans géants approchant ou dépassant les 100 pieds de long (30m) et destinés en priorité au Trophée Jules Verne (Record du tour du monde en équipage) sera lancée.
Le premier de la série étant Géronimo d’Olivier de Kersauson (34m) construit chez Multiplast à Vannes en 2001 et le plus grand Spindrift, ex-Banque Populaire, de 40 mètres de long et 23 de large, conçu en 2008 également par le cabinet d’architecture VPLP.
Sans oublier les maxi catamarans dessinés par Gilles Ollier et construits au début des années 2000 toujours chez Multiplast : Innovation Explorer (32m80) skippé par Loick Peyron pour The Race (seule course autour du monde en équipage en multicoques), suivi en 2003 par le mastodonte Orange 2 (36m80) mené par une équipe de 13 personnes, bateau de record établissant en 2005 un nouveau temps de référence autour du monde en 50 jours 16 heures avec une moyenne horaire de 17, 9 noeuds !
Mais le véritable retour des géants solitaires se fera en 2010 avec la victoire de Franck Cammas sur la Route du Rhum (courue de nouveau sans limite de taille) à bord de son fabuleux trimaran de 31m50, Groupama 3 conçu initialement pour s’attaquer au Trophée Jules Verne. Avec ce bateau et cet exploit Franck ouvrira la voie aux tentatives de records autour du monde en solitaire sur des maxi trimarans et contribuera à la naissance de la Classe Ultim. François Gabart s’en inspirera pour concevoir son premier Macif, trimaran de 32 mètres avec lequel il effacera en 2017 les performances précédentes de Francis Joyon en 2008 (57 jours 13 heures 4 minutes), de Thomas Coville en 2017 (49 jours 3 heures 4 minutes), avec un nouveau temps de référence de 42 jours 16 heures 40 minutes qui ne doit pas faire oublier les premiers téméraires à oser un tel exploit, Philippe Monnet (1986 - 129 jours), Olivier de Kersauson (1989 - 125 jours), Ellen MacArthur (2004 - 71 jours) !

Cela préfigurera la prochaine course ultime, celle de tous les superlatifs, qui partira de Brest fin 2023, première course autour du monde par les trois caps, en solitaire et en multicoque, l’événement majeur de l’histoire de la course au large, l’ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest, qui verra s’affronter sur les océans les plus grands trimarans volants du monde menés par les plus audacieux des skippers.
[1] Louvoyage : virements de bord au plus près du vent, nécessaires pour emprunter une trajectoire face au vent sans être arrêté (car un bateau face au vent, ne peut avancer)
Le parcours
Le parcours

Ils seront six « Géants des mers » à s'élancer de Brest, avec à leur bord un skipper solitaire, qui tentera de boucler un tour du monde d'Ouest en Est, par les 3 caps (Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn). Un défi humain et technologique porté par les marins de la Classe Ultim 32/23 accompagnés de leurs armateurs et partenaires.
Certains d'entre eux ont déjà effectué le parcours en multicoque et en solitaire : Francis Joyon, Dame Ellen MacArthur, Thomas Coville, François Gabart ; notamment dans le cadre de campagnes de record du tour du monde à la voile en solitaire, mais jamais aucun ne l'a fait en course !
Seuls, sur leurs multicoques géants, pendant 40 à 50 jours, les skippers seront soumis à des variations extrêmes de conditions météorologiques et devront composer avec le vent, les vagues, la houle et les glaces. Les systèmes anticycloniques, peu ventés ainsi que les dépressions, le plus souvent à l'origine de vents forts, rythmeront la vie des marins à bord et influenceront les stratégies de trajectoire adoptées.

Le tour du monde à la voile, est avant tout un périple climatique : la descente de l'atlantique, la traversée de l'océan indien puis pacifique jusqu'à faire à nouveau cap au nord en remontant l'atlantique...
D'abord entre Brest et le cap de Bonne-Espérance, le parcours est rythmé par le passage d'un hémisphère à l'autre par le « Pot au Noir » aussi appelé « zone de convergence intertropicale (ZCIT) ». L'ambiance dans cette zone mêle masses d'air chaudes et humides portées par les alizés des anticyclones des Açores dans l'Atlantique Nord, et celui de Sainte-Hélène dans son équivalent austral. Elles génèrent un air instable où calmes blancs et grains orageux alternent sans véritable logique, nécessitant déjà sur cette première partie de course une vigilance accrue pour sortir de ce piège le plus rapidement possible.
Vient ensuite la partie la plus longue et difficile, qui consiste à se saisir des phénomènes météorologiques venant de l'ouest pour glisser entre Bonne-Espérance et le cap Horn via le cap Leeuwin. Cette traversée des deux océans de l'hémisphère sud : l'indien et le pacifique compose les 3/5ème du tour du monde en solitaire. Elle impose aux marins de conserver leur trajectoire sur un train de vent portant tout en composant avec des enchaînements de perturbations animées par des vents de nord-ouest puissants, des passages de fronts avec grains et des bascules de vent glaciales et ceci sans toutefois se faire absorber par des conditions anticycloniques… Une hétérogénéité sollicitante pour les navigateurs comme pour les machines...
Enfin, le passage du mythique cap Horn signe la remontée vers Brest, avec environ 8 000 milles à parcourir pour rallier le port d'arrivée. Avant cela, les concurrents devront à nouveau composer avec l'anticyclone de Sainte-Hélène, les dépressions orageuses du Brésil, l'engluement du Pot-au-noir, les alizés de l'hémisphère nord, et de potentielles dépressions atlantiques nécessitant une concentration extrême des marins jusqu'à franchir la ligne d'arrivée tant attendue en rade de Brest.
Une course et des marins hors normes !
Ils sont peu à pouvoir relever le défi de cette course, et c'est ce qui en fait des êtres-humains atypiques, aux aptitudes physiques exceptionnelles. Ces marins mettront à l'épreuve leurs immenses capacités physiques et mentales, contraints par le format de la course, à faire face à des conditions extrêmement difficiles et à leurs propres limites. C'est l'effet « solitaire » face à l'un des éléments les plus hostiles de la planète, qui renforcera chez chacun des skippers engagés leur aura de héros et qui permettra au grand public de mesurer la hauteur de l'exploit qu'ils réaliseront.