Interview

Franck Cammas : « Il y a aussi une grosse part de chance »

Franck Cammas : « Il y a aussi une grosse part de chance »

Même s’il a mis sa course « sur pause » depuis hier, Charles Caudrelier domine l’ARKEA ULLTIM CHALLENGE-Brest depuis 18 jours. Quel regard portes-tu sur sa course ?
" Après l’Équateur, il a eu un scénario idéal comme dans un film. Je crois qu’il en aurait rêvé au départ : il a eu de supers enchaînements avec des conditions maniables la plupart du temps qui lui ont permis de progresser vite et tout droit. C’est vraiment l’enchaînement parfait dans le Sud. Charles est allé vite quand il le fallait et il a su profiter de la fiabilité excellente de son bateau.

Justement, toi qui a fait partie du team Gitana, la fiabilité du bateau ne t’a pas surpris ?
Non, d’autant qu’il est toujours dans des allures raisonnables. J’ai eu Charles deux fois au téléphone, et il m’a dit qu’il était dans de la gestion, qu’il ne poussait pas du tout son bateau et il n’a pas de raison de le faire. C’était forcément beaucoup plus intense quand Tom (Laperche) était à côté de lui : il était davantage en mode « Route du Rhum » plutôt qu’en mode tour du monde. Peut-être qu’au début le rythme était trop élevé pour un tour du monde. Mais il a su s’adapter, trouver le bon tempo, adopter l’allure d’un marathonien pour tenir.

« Tu peux avoir des enchaînements parfaits ou catastrophiques »

En revanche, tous les autres concurrents ont dû s’arrêter. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
C’est évidemment un scénario qu’on n’espérait pas. Hormis Tom (Laperche) et Éric (Péron), tous auraient peut-être pu continuer « bon an, mal an » même si c’est compliqué. Les IMOCA (les bateaux du Vendée Globe) peuvent perdre 30% de leurs capacités, mais tu peux continuer à performer. Là, avec des Ultim, la perte est énorme quand tu passes de 100% du potentiel du bateau à 70%. Et les écarts sont vite très conséquents.

À la différence de Charles jusqu’à cette fin de semaine, les autres n’ont pas été épargnés par les conditions météorologiques…
Comme lors des tentatives de record, il y a aussi une grosse part de chance, notamment lors de l’entrée dans les 40es rugissants. À une journée-près, tu peux avoir des enchaînements parfaits et des enchaînements catastrophiques. Pourtant, ça ne s’est joué à pas grand-chose pour que Thomas (Coville) prenne le même front que Charles et Tom et pour qu’Armel puisse les suivre sans ses avaries dans l’Atlantique. Quand tu n’es pas dans le bon système, tu peux y rester et ça peut durer tout le tour de l’Antarctique.

« Le cap Horn, c’est ton Everest »

Il s’agit de la première édition de l’ARKEA ULTIM CHALLENGE-Brest, la première course autour du monde en Ultim et en solitaire. Quel bilan tires-tu à mi-parcours ?
J’ai été agréablement surpris de ce qu’il s’est passé jusqu’à l’Équateur. Quand on connaît la magie de ces bateaux-là, c’était génial à suivre, très haletant. En tant que spectateur, on est un peu déçu de ce qu’il s’est passé ensuite avec les multiples avaries. On aurait tous aimé qu’il y ait moins de 500 milles entre les trois/quatre premiers au cap Horn !

Tu as déjà franchi le cap Horn. Qu’est-ce qu’on ressent quand c’est le cas ?
C’est une sacrée libération. Le cap Horn quand tu fais un tour du monde, c’est ton Everest. On peut le comparer à un sommet difficile à atteindre, c’est le bout du tunnel. Tu as eu des conditions dures depuis une quinzaine de jours et enfin tu te retrouves dans des conditions et un environnement qui s’améliore. L’état d’esprit change : tu gagnes en confort, tu remontes vers les tropiques, tu as l’esprit un peu plus tranquille ".

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