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Thomas Coville, one skipper show

Thomas Coville, one skipper show

Début d’après-midi à Brest. La ville a retrouvé sa quiétude habituelle, son ciel menaçant et ses averses quasi-contenues. Au large, Sodebo Ultim 3 se rapproche de la ligne et l’image est saisissante. Avec les îles de Molène et d’Ouessant en arrière-fond, le multicoque survole les vagues, des gerbes d’eau sont projetées par les foils. Thomas apparaît vêtu de sa tenue rouge, le visage masqué et protégé. L’hélicoptère parvient à rester à proximité, les bateaux suiveurs un peu moins.

Derniers surfs, dernières pointes de vitesse – Sodebo Ultim 3 est flashé à 38 nœuds – et premières effusions de joie. Thomas se présente sur le filet, lève une fois les bras, pointe du doigt ses équipiers avant de voler à nouveau. « Tu confirmes que j’ai coupé la ligne ? » demande Thomas au comité de course. La connexion est délicate mais la ligne est bien franchie après une aventure de 53 jours, 1 heure et 12 minutes.

« Un moment d’excellence »

Une poignée de minutes plus tard, une partie de l’équipe est déjà à bord. Thomas est à l’avant, debout sur le cockpit. Chaque membre du bateau vient un par un le saluer. Puis il se rend à l’avant de l’étrave et savoure, seul, un regard vers les vedettes, un autre vers ses voiles, un à l’avant, l’autre à l’arrière. Il savoure. Un peu plus tard, le skipper de Sodebo admet que les mots lui manquent pour décrire ses sentiments qui s’entremêlent « C’est très puissant, une émotion très rare, un partage avec tant de visages familiers… C’est un moment d’excellence ».

La suite lui appartient, les caméras s’éloignent légèrement. Il y a sa femme, sa fille, ceux de toutes les aventures avec lui. Et puis Sodebo Ultim 3 débarque au port et Thomas Coville se saisit du micro. Comme un acteur qui monte sur scène, il regarde l’assistance, la foule massée en haut, les membres de l’équipe sur le bateau, les élus, partenaires et journalistes sur le ponton. Le marin met quelques minutes à trouver ses mots, à prendre la mesure de l’instant. Avant, il doit ravaler les larmes qui affleurent une, deux, trois fois et rappeler « qu’il n’y a pas beaucoup de moments dans une vie où on est capable de s’engager autant ».

Coville fait du Coville

Le dauphin enlace et félicite le vainqueur, Charles Caudrelier, de retour après un crochet à Paris. « Sa trace, c’est ce qui m’a fait le plus rêver de tout le tour du monde ! » Tom Laperche n'est pas là mais Thomas le qualifie de « très grand champion en herbe ». Puis le skipper de Sodebo fait rire la foule : « ça me plaît de terminer 2e et ça me plaît d’être devant Armel ».

Coville fait du Coville, et ça sonne parfois comme du Audiard, du Van Damme ou du Le Cam (à vous de choisir). Il est le seul à pouvoir s’autoriser à digresser sur un bout de bois – « aussi pur et lavé par la mer que moi» - et à citer à deux reprises les vers d’un poème. Ce sont les mots d’un écrivain anglais, William Ernest Henley d’un poème de 1875, Invictus, récité par Nelson Mandela : « aussi étroit soit le chemin / Nombreux les châtiments infâmes / Je suis le maître de mon destin / je suis le capitaine de mon âme ».

A quelques mètres, il y a Charles Caudrelier mais aussi Olivier de Kersauson, Charlie Dalin, Yves Le Blevec, qui montrent par leur présence ce que veut dire être des hommes de mer. Coville savoure, sabre le champagne, enlace des proches. À terre, il a le droit à son trophée puis fend la foule jusqu’à la scène. Moment de partage rare pour un homme resté seul en mer une cinquantaine de jours.

Sur scène, le marin chante a capella « On ira tous au paradis », présente chaque membre de son équipe puis reçoit les honneurs des officiels. Mais plus que tout, ce sont ses mots qui restent, ceux qu’ils adressent à la foule : « vous avez de la générosité, vous donnez de façon inconditionnelle, c’est le plus beau sentiment au monde ». Les applaudissements l’interrompt puis Thomas conclut, comme s’il s’adressait à tous les amoureux de ce sport : « cette communion, on doit la garder entre nous ».

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